Nuit silencieuse
On dit la nuit silencieuse et profonde. C’est un mensonge.
La nuit est sans répit. Chuchotis assiégeant le lit des dormeurs.
Pas de trêve.
Non.
La nuit ne protège pas le secret des revenants.
Interstices de la nuit.
La brume des choses tues s’infiltre.
Je ne dors pas. Je les entends la nuit, ils me parlent. Leur bouche se tord. Les mots suivent la courbe de mes oreilles.
Bouche
Béance qui s’insinue dans mon corps.
Mots
Sans relâche, ils raniment ma chair putride.
Je la sens s’écouler, lentement.
Goutte à goutte
Sur l’oreiller
Dans les draps
Sur le sol.
Elle me fuit.
Brume
Elle tisse son cocon.
Patiemment
les mots filent leur phrase pour enserrer mes jambes, mon tronc, mes bras, ma tête.
Je m’engloutis en eux.
Corps
Chaque nuit.
Mot à mot
L’emprise se resserre sur mon corps aspiré.
Conscience
Je cogne contre des parois nues.
Je suis toujours.
Je suis là.
Piégé
Corps
Poids sans substance.
Le jour est là. Il étale son visage clair sur la terre. La nuit s’estompe derrière les paupières du ciel. Ici ou là, un filet de brume s’accroche à une fleur. Dans une heure, la chaleur aura dissipé le malentendu entre le jour et la nuit. La lumière du matin s’engouffre dans la chambre par la fenêtre ouverte. La transparence illumine chaque recoin de la pièce. Le premier tramway crisse dans le tournant juste avant d’arriver à l’arrêt. Un chien aboie après un passant pressé. J’ai faim. J’ai envie de pain frais et d’un thé noir. Par la fenêtre ouverte, j’observe l’agitation de la rue. Les enfants de la maison d’en face sortent. Comme chaque matin, ils me saluent de la main dans la confusion du départ à l’école. Derrière moi, j’entends Sylvain reproduire les mêmes tâches depuis cinq ans. Je souris. Ce jour doit être la parfaite répétition des autres jours. Soudain, il propose une balade dans le parc, pour rompre la routine, il fait si beau aujourd’hui. Il pivote mon fauteuil et m’installe devant ma tasse et mon pain. Vers 16 heures, ça vous va ? Il ne le sait pas, mais je n’irai pas au parc aujourd’hui.