Portrait d’une femme orientale au regard mystérieux, dissimulé derrière un feuillage sombre, évoquant les rêves et voyages de jeunesse.

Lettre I

De Zohra à Leyla

Ma très chère sœur de cœur et de combat,

Mon père ne cesse de me conter mille merveilles de ses voyages de jeunesse. L’Occident, cette contrée aux mœurs exotiques combla toutes ses attentes d’étrangeté et de coutumes aussi extravagantes que charmantes — même s’il est vrai, mais ne le répète à personne, que la cause secrète de son voyage fut d’échapper à la justice de notre pays. Il raconte que les femmes sont libres et exhibent toutes sortes de costumes qui peinent à masquer leur nudité, mais qu’un masque invisible recouvre leur visage étonnamment lisse au point que l’on ne saurait distinguer si elles sont heureuses ou tristes. Qu’ont-elles donc à dissimuler dans un pays où les femmes se promènent les cheveux au vent ?

Moi, derrière les murs de ma prison feutrée, j’envie leur liberté — celle de rire très fort, de marcher seule, de regarder droit dans les yeux les inconnus croisés dans la rue, de mêler ma voix à celle des hommes.

De ces voyages, mon père garde, dit-il, des préventions dont il veut me préserver. Mais je me demande quels sont ces périls qui obligent les femmes à se cacher du regard des hommes. Mon voile enferme mon corps aussi sûrement que les plus hauts murs d’une prison. Et tu connais aussi bien que moi la sévérité de ces lieux.

J’entends qu’on annonce mon arrêt, je te quitte avec la promesse de nous retrouver bientôt

Ta tendre Zohra

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